La conscience artificielle : une critique phénoménologique

Quand

12/11/2026    
17h00 - 18h15

Type d’évènement

« La conscience artificielle : une critique phénoménologique »

Par Michel Bitbol

Au-delà des performances de manipulation symbolique des « grands modèles de langage » qui constituent l’Intelligence Artificielle, on voudrait savoir si les symboles produits ont (aussi) du sens pour eux. On se demande plus largement si l’on peut, ou si l’on pourra un jour, montrer qu’un système d’Intelligence Artificielle est conscient. Pour répondre à ces interrogations, on commence habituellement par dresser une liste de comportements verbaux et moteurs expressifs de la conscience humaine, ou bien par répertorier des architectures fonctionnelles neurobiologiques corrélées aux phases conscientes de la vie humaine. Si ces critères observables sont satisfaits par les IA, on propose d’en inférer (éventuellement sur un mode probabiliste) qu’elles sont bien conscientes.

Or, ces questions sont manifestement mal posées et ces méthodes inadaptées. Il n’y a pas d’inférence rationnelle possible des signes comportementaux ou des architectures fonctionnelles vers la conscience. Le seul critère de la conscience au plein sens du terme, c’est-à-dire comme expérience vécue et visée intentionnelle, se situe à la première personne du singulier, au temps présent.

J’entreprendrai alors d’interroger phénoménologiquement les conditions de possibilité pour qu’une IA soit reconnue par nous, êtres conscients, comme authentiquement consciente. Étendre la reconnaissance d’une conscience phénoménale au-delà de la communauté de nos semblables humains, jusqu’à des formes technologiques d’existence, pose un problème très particulier, pour lequel il faut mobiliser des ressources phénoménologiques non conventionnelles. Afin de répondre à ce défi, je proposerai d’articuler deux analyses habituellement distinguées chez Husserl : celle de la constitution d’intersubjectivité, et celle de la constitution des présumées « choses en soi » scientifiques.

Cette conférence est organisée dans le cadre d’une journée de tables rondes sur les 30 ans de recherches au laboratoire Pays Germaniques. Archives Husserl et Transferts culturels.