Séminaire « Actualité de la recherche phénoménologique » pour l’année 2026 – 2027
– Ce séminaire est organisé par Julien Farges, Laurent Perreau et Dominique Pradelle.
Découvrir le programme :
– Vendredi 16 octobre 2026, de 17h à 19h, au 45 rue d’Ulm, Salle Weil :
Emmanuele CAMINADA (Archives Husserl de Leuven, Belgique) – Autour de la publication du Husserliana IV/V : Ideen zu einer reinen Phänomenologie und phänomenologischen Philosophie, Zweites Buch : Untersuchungen zur Konstitution und Wissenschaftstheorie (Cham, Springer, 2025).
Ce volume des Husserliana contient, dans sa première partie (A), les trois ébauches initiales que Husserl a rédigées entre 1912 et 1915 pour le deuxième livre des Idées directrices pour une phénoménologie pure et une philosophie phénoménologique (« Ideen II »). La deuxième partie (B) est constituée d’élaborations thématiques de Husserl datant de 1908 et suivantes, qu’Edith Stein a utilisées entre 1916 et 1918 pour sa compilation, parfois sous forme de simples extraits. Ces textes, qui s’inscrivent dans la lignée d’Ideen II, s’étendent jusqu’en 1924. Le volume est complété par la « Postface » que Husserl a rédigée à l’occasion de la parution, en 1931, de l’édition anglaise d’Ideen I, traduite par W. R. Gibson. La présente réédition des « Ideen II », fondée sur les manuscrits originaux de Husserl et attendue depuis longtemps par les chercheurs, est destinée à remplacer l’édition antérieure figurant dans les volumes IV et V des Husserliana, qui reposait respectivement sur l’élaboration réalisée par Edith Stein et sur le manuscrit dactylographié par Ludwig Landgrebe en 1924/25. Cette nouvelle édition offre désormais pour la première fois une base textuelle complète, fondée sur les manuscrits originaux, pour la recherche historique et systématique sur les « Ideen II ».
– Vendredi 6 novembre 2026, de 17h à 19h, au 45 rue d’Ulm, Salle Cavaillès :
Jean-Baptiste FOURNIER (Sorbonne Université) – Autour de son ouvrage Du son à l’espace. Les limites du sens externe (Paris, Vrin, 2025)
Contre une certaine tendance de la philosophie, on soutient dans ce livre que le son n’est pas d’abord ou fondamentalement un objet de temps, mais porte en lui, de manière inextricable, un rapport essentiel à l’espace. Partant du problème que Strawson pose à la philosophie transcendantale en évoquant la possibilité d’une expérience purement sonore du monde qui serait non spatiale, la description du phénomène sonore dans ses différentes strates constitutionnelles nous conduit à y déceler, à tous les niveaux, des formes ne serait-ce que primitives de spatialité. Mais penser l’espace auditif implique de réélaborer le cadre conceptuel et méthodologique, massivement issu du paradigme de la perception visuelle, à partir duquel l’espace est généralement pensé, notamment du point de vue transcendantal. C’est pourquoi on trouvera dans ces pages l’esquisse d’une conception affaiblie du transcendantal qui, adossée à une phénoménologie pragmatique, s’avère seule capable de rendre compte du type d’espace très particulier dans lequel, aux limites du sens externe, se déploie le son.
– Vendredi 4 décembre 2026, de 17h à 19h, au 29 rue d’Ulm, Salle Paul Langevin :
Natalie DEPRAZ (Université de Nanterre) – Autour de son ouvrage Le cœur battant de l’ego. Husserl et la phénoménologie des émotions (Paris, Vrin, 2026)
Objet d’un intérêt évident dans les sciences humaines et expérimentales, les émotions sont perçues comme résiduelles chez Husserl. Le dernier rationaliste du XXe siècle ne les aurait traitées qu’en les soumettant aux actes intellectuels ou aux valeurs. On montre ici comment les sentiments, en majeur le plaisir, et leur centre le cœur furent pour lui un compagnonnage constant. Traduire Gemüt par cœur, c’est dire que l’émotion n’est pas psychique mais corps viscéral. C’est là qu’il y aura débat avec Lipps, Geiger et Scheler.
La phénoménologie expérientielle des rythmes et des humeurs est portée par tant de situations et d’exemples, moins illustratifs qu’ouvreurs de conceptualisations. Des ramifications infinies y nomment des aspects inédits de nos variabilités émotionnelles : on découvre une micro-phénoménologie à l’état naissant. De cette matière affective subtile, diffusive et ambivalente naît le concept qui axe la lecture de ces textes, l’antinomie. Elle est la tension créatrice de nouvelles émotions : Freudenschmerz, la joie douloureuse, Schauer der Seligkeit, le frisson de la félicité.
– Vendredi 15 janvier 2027, de 17h à 19h, au 45 rue d’Ulm, Salle Cavaillès :
Daniele DE SANTIS (Univ. Paris Panthéon-Sorbonne) – Autour de son ouvrage Transcendental Idealism and Metaphysics. Husserl’s Critique of Heidegger, 2 vol., Cham, Springer, 2023
Cet ouvrage propose une reconstitution systématique du désaccord entre Husserl et Heidegger du point de vue du premier, sans pour autant tomber dans une quelconque forme d’apologétique husserlienne. La thèse principale est que la critique par Husserl de l’analytique existentielle de Heidegger, en tant que forme d’anthropologie philosophique, implique une thèse fondamentale plus profonde, à savoir que Heidegger confond l’objet de la première philosophie (le sujet transcendantal) avec la métaphysique (au sens husserlien du terme). L’enjeu de la critique de Husserl à l’égard de la philosophie de Heidegger dans Être et temps réside dans le refus de transcendantaliser les aspects irrationnels de notre existence humaine. Tandis que le premier volume aborde la doctrine de l’idéalisme transcendantal de Husserl dans le but d’élucider la distinction entre la philosophie première, les philosophies secondes et ce que Husserl appelle la philosophie dernière, le deuxième volume se concentre sur la question de l’être, en clarifiant la distinction entre ontologie et métaphysique dans la pensée de Husserl. En effet, contrairement à une tradition interprétative ancienne et bien établie, selon laquelle la phénoménologie de Husserl serait métaphysiquement neutre, l’ouvrage montre dans quelle mesure Husserl a toujours considéré comme le but ultime de sa réflexion philosophique l’établissement d’une métaphysique.
– Vendredi 5 février 2027, de 17h à 19h, au 45 rue d’Ulm, Salle Cavaillès :
Laurent PERREAU (Univ. Franche-Comté) – Autour de sa traduction d’E. Husserl, Valeur de la vie, valeur du monde (Paris, Vrin, à paraître en 2027)
– Vendredi 12 mars 2027, de 17h à 19h, au 45 rue d’Ulm, Salle Cavaillès :
Vincent BLANCHET (Sorbonne Université) – Autour de son ouvrage La mesure de l’être. Heidegger et le problème de la paix (Paris, Vrin, 2026)
Au fil conducteur de la question de l’être et à l’écoute de la langue grecque, avec Héraclite et Sophocle, Heidegger fit l’épreuve de l’essentielle conflictualité de la présence. Lorsqu’il établit l’emprise de la volonté sur l’être et son histoire et se rend attentif à la langue en laquelle il se donne, Heidegger s’attache cependant, avec Maître Eckhart et le poète Georg Trakl, à la « sérénité », à la « tranquillité » et à la « douceur ».
D’où pareil apaisement devait-il venir ? Devant quel problème cette nouvelle façon de dire l’être place-t-elle la pensée heideggérienne ? Et d’abord, comment justifier la dignité ontologique reconnue au conflit et à la paix ? Enfin, concevoir la paix à la mesure de l’être éclaire-t-il la conflictualité historique ou la singulière hostilité de notre temps.
– Vendredi 2 avril 2027, de 17h à 19h, au 45 rue d’Ulm, Salle Cavaillès :
Emmanuel CATTIN (Sorbonne Université) – Autour de son ouvrage Amour immense. Phénoménologie selon sainte Thérèse d’Avila (Paris, Vrin, 2025)
Sainte Thérèse d’Avila écrit par obéissance. Par elle, Thérèse accède à la liberté pure : « Oh, vertu d’obéissance, toi qui peux tout ! ». Elle écrit, elle décrit ce qu’elle voit, tout ce qui apparaît, tel, strictement, qu’il apparaît. Or ce qui se montre à elle se donne dans l’apparaître le plus déconcertant : cela apparut-il jamais, apparaître eut-il jamais ce sens ? Elle, qui n’est pas docte, cherche, avec la rigueur de l’humilité, à recueillir fidèlement ce qui vient en présence, et qu’elle soumet aux doctes. S’il n’est pas impossible de discerner ici une phénoménologie, celle-ci eut chez Thérèse l’ampleur d’un « voir » parfaitement un avec la vie, parfaitement un avec ce que nous nommons, d’un nom qui un jour indiqua l’objet de ce qui était déjà une « phénoménologie », « expérience », dont l’oraison, heure de la vie la plus intense et du regard le plus voyant, fut le cœur, irradiant en toutes œuvres. Cœur du monde, pleine réalité où elle fut emportée et dont la description devait former, nécessairement, un « Livre de la Vie » : la « phénoménologie » thérésienne, telle que nous la vîmes se constituer, est essentiellement, du commencement à la fin, un Livre de la Vie. Ce qu’elle voit, ce qu’elle vit, ce qu’elle décrit, Thérèse l’appelle « amour ». Amour immense, amour sans mesure qui est joie sans mesure, mais, à partir de l’Écriture, non sans mots, non sans clarté, non sans pensée.
