Actualité de la recherche phénoménologique
Organisation
- Julien Farges
- Laurent Perreau
- Dominique Pradelle
Programme
Vendredi 11 octobre 2024, de 17h à 19h, au 29 rue d’Ulm, Salle Cavaillès :
Natalie DEPRAZ (Univ. Paris-Nanterre) – Autour de son ouvrage La surprise. Crise dans la pensée (Paris, Seuil, 2024)
Que fait la surprise à la philosophie ? Il y a en elle de l’incongru. Prenant le sujet à revers, elle exerce une emprise, là où la philosophie veut interroger sereinement, à distance. La surprise est transformatrice. Elle suscite un autre récit, étranger à l’histoire des herméneutiques du sens. Tournée vers l’avenir, elle est créatrice d’attentes.
Cet ouvrage propose ainsi une histoire de la philosophie ni dialectique ni élitaire. Une histoire des ébauches du sens, des incertitudes du soi. La surprise ouvre le sujet, le déplace au-delà, dans son ouverture politique, théologique, écologique. Aussi, les transcendances collectives, loin d’être des excroissances subjectives, sont la matière de l’ouverture du soi. La surprise est promesse d’horizons impensés, pourtant déjà là. Rendre compte de cette promesse, c’est faire le récit d’un futur présent sous nos yeux, pour qui sait voir.
Vendredi 29 novembre 2024, de 17h à 19h, au 45 rue d’Ulm, Salle Cavaillès :
Jean-Pierre CASTEL & Jean-Claude SIMARD – Autour de leur ouvrage La mathématisation du temps. De la science hellénistique à la science moderne (Paris, Vrin, 2024)
Après Zénon, Platon et Aristote s’étaient attaqués à l’énigme du mouvement, mais c’est au XVIIe siècle seulement qu’on put enfin la résoudre. Peut-on, comme Koyré, ramener cette Révolution scientifique à la mathématisation de la nature ? Archimède avait déjà mathématisé la statique, mais pour passer à la dynamique, il fallait étendre ce formalisme au temps, ce qui nécessitait le développement préalable de nouveaux concepts physiques, en particulier l’inertie. Quelles furent, dans ce processus, les contributions respectives de Copernic, Kepler, Galilée et Newton, et d’un philosophe comme Descartes ? La conscience des heures égales, qui avait accompagné la diffusion des horloges mécaniques, a-t-elle joué un rôle dans la décision de prendre le temps comme variable ? Cette science moderne est-elle d’origine chrétienne, comme le prétendent Kojève et tant d’auteurs ? Qu’en est-il du monde arabe, de la Chine ?
Ces interrogations soulèvent bien des débats. En analysant le rôle fondamental, mais aujourd’hui encore méconnu, de la période hellénistique dans la genèse de la science moderne, et en examinant à nouveaux frais la découverte du principe d’inertie ainsi que sa relation au temps, cet ouvrage entend lever des malentendus persistants et proposer une vision plus juste de la Révolution scientifique.
Renaud BARBARAS – Autour de son ouvrage Phénoménologie et cosmologie (Paris, Vrin, 2024)
Cet ouvrage se propose d’aborder la relation entre phénoménologie et cosmologie dans la phénoménologie du XXe siècle. Cette orientation cosmologique de la phénoménologie est appelée par une question, celle de savoir comment la conscience peut être à la fois condition de l’apparition du monde et partie de ce monde. Or, dans la mesure où il est vain de penser une conscience qui se constituerait comme mondaine, c’est nécessairement du côté du monde qu’il faut rechercher la solution de ce problème. Si la conscience peut se rapporter au monde, c’est parce que celui-ci se fait être à travers elle, parce que le devenir-monde du monde est en même temps devenir-conscience de ce monde.
Cependant, dès lors que le propre du monde est de s’absenter de ce qui le présente et demeure donc inaccessible à l’intuition, la cosmologie relève nécessairement d’une démarche spéculative, dont nous avons cru devoir distinguer trois dimensions, qui sont autant de voies vers le monde. 1/ L’intériorité subjective peut être comprise comme initiation à une intériorité cosmique dont elle est la manifestation (Minkowski, Patočka); 2/ La phénoménalité du phénomène doit ultimement être pensée comme l’œuvre d’un monde spatio-temporalisant. (Fink, Patočka); 3/ L’appartenance constitutive du sujet au monde détermine la modalité d’être de ce monde (Dufrenne, Merleau-Ponty). A la lumière de ces analyses, nous serons conduits à montrer que la présence du monde dans l’étant est nécessairement présence du monde à l’étant.
Vendredi 7 mars 2025, de 17h à 19h, au 45 rue d’Ulm, Salle CAVAILLÈS, séance exceptionnelle, jumelée avec le séminaire « Actualité de la recherche sur la philosophie allemande classique » :
Robert PIPPIN (Université de Chicago) – Autour de son ouvrage The Culmination : Heidegger, German Idealism and the Fate of Philosophy (Chicago, University of Chicago Press, 2024)
Heidegger claimed that Western philosophy ended – failed, even – in the German Idealist tradition. In The Culmination, Robert B. Pippin explores the ramifications of this charge through a masterful survey of Western philosophy, especially Heidegger’s critiques of Hegel and Kant. Pippin argues that Heidegger’s basic concern was to determine sources of meaning for human life, particularly those that had been obscured by Western philosophy’s attention to reason. The Culmination offers a new interpretation of Heidegger, German Idealism, and the fate of Western rationalism.
Pour suivre la séance en visio-conférence:
https://cnrs.zoom.us/j/96297546074?pwd=qmJzbJaRFaqf6Q7ym0rCWFyWvJKefs.1
Vendredi 4 avril de 17h à 19h, au 45 rue d’Ulm, Salle CAVAILLÈS : Lecture humienne de la phénoménologie
Intervention de Baris Dirican (ENS, Archives Husserl)
Dans cette présentation, issue de notre travail de thèse, soutenu le 14 décembre 2024, sous le titre « Le concept d’identité dans la phénoménologie de Husserl. Une généalogie conceptuelle à partir de Hume », nous nous intéressons tout particulièrement à la façon dont Husserl s’approprie la quatrième partie de la section II du Traité de la nature humaine, « Du scepticisme à l’égard des sens ». En nous appuyant sur une thèse écrite sous la direction de Husserl par C.V. Salmon, The Central Problem of David Hume’s Philosophy, nous envisageons l’idéalisme husserlien comme une réponse aux problèmes sceptiques de Hume. Le « système sceptique » de Hume, destiné à expliquer l’origine de la croyance du sens commun envers l’existence extérieure, est converti en un système phénoménologique par le double geste de défictionnalisation et de dépsychologisation de ses quatre principes : le principe d’identité, le problème de l’attribution de l’identité aux choses extérieures, la fiction de l’existence continue et la fiction de l’existence extérieure. Une telle lecture humienne de la phénoménologie nous permet de jeter un nouvel éclairage sur le rapport entre empirisme et phénoménologie et de qualifier cette dernière comme une forme d’empirisme radicalisé : Husserl montre que les fictions de l’imagination chez Hume sont données dans l’expérience et il dépasse ainsi son empirisme en le dissociant de la thèse métaphysique de l’atomisme des sensations et du fictionnalisme qui en découle.